« Vous avez reÇu un message de Dr. Patch Adams »
par Inês Lopes, Étudiante au doctorat en psychologie
de l’éducation, UQÀM
Introduction
C’est le 15 avril dernier, lors d’une conférence organisée par les étudiants en médecine de l’Université de Montréal, que j’ai eu le plaisir de rencontrer le Dr. Patch Adams. Le vrai! On se souvient qu’il avait été interprété par Robin Williams dans le film à succès de 1998. Personnage tout aussi haut en couleurs!
Un rire ou un dessin d’enfant
L’étudiant en médecine assigné à l’introduction du Dr. Patch Adams affirme n’avoir su comment s’y prendre. « Comment introduire le Dr. Patch Adams?, dit-il, alors qu’un rire ou un dessin d’enfant aurait beaucoup mieux représenté sa sensibilité qu’une suite de mots ».
Un hôpital bien différent
Le Dr. Patch Adams est célèbre pour son approche médicale hors des sentiers battus. Tantôt louangé, tantôt critiqué, il mérite néanmoins qu’on prête attention à ses façons de faire. Ayant fondé le Gesundheit Institute en 1972, il préconise une approche centrée sur l’amour. Il accorde du temps et de la compassion à ses patients, les met à l’aise et les laisse être eux-mêmes. Le succès de son institution est fulgurant. Ils n’arrivent d’ailleurs pas à voir tous ceux qui voudraient y être traités ou à employer tous ceux qui voudraient y mener un travail valorisant.
Cher Patch Adams, c’est à ton tour, de te laisser parler d’amour
Patch Adams aime poser 2 questions aux gens : « Quelle est votre philosophie sur l’amour » et « Quel est votre stratégie pour aimer? ». Il remarque que, aussi simples soient-elles, ces 2 questions mènent rarement à des réponses. Il ajoute que les gens arrivent dans son bureau, sont capables de parler abondamment des problèmes et des maux qui les habitent, mais arrivent mal à élaborer sur l’amour et les sources de bonheur dans leur vie. « Les gens parlent constamment de sujets tels le hockey… est-il aussi possible de parler d’amour? »
Une personne du public questionne Patch Adams à savoir si l’amour est toujours suffisant. Il appose à sa question l’exemple du Dalaï Lama et de son peuple qui se basent sur l’amour et sur la paix, mais pour qui il vaudrait parfois mieux à son avis adopter des tactiques plus défensives. À cela, Patch Adams répond qu’il s’agit là de l’excuse #1 pour justifier la violence. Il ajoute qu’il revient à chaque individu de refuser d’être violent. Chaque petit geste compte : éduquer les enfants à ne pas être violents, enseigner l’amour dans les écoles… Il souhaite ardemment une révolution de l’amour. Il rapporte avoir un jour appelé CNN pour leur demander de remplacer les images de guerre qu’ils télédiffusaient par une stratégie d’amour. Leur réponse?: « Personne ne sera intéressé! ». Il les contredit illico en ajoutant « Eh bien alors voici votre premier appel d’une personne intéressée! » Il mentionne aussi que si plus de femmes gouvernaient le monde, il y aurait sans doute moins de violence. « Et lâchez-moi avec l’exemple de Margaret Tatcher! », dit-il.
Goûter à sa médecine
En 4 ans d’études de la médecine, à son époque, Patch Adams affirme n’avoir pas entendu parler d’amour, de compassion, de bien-être. On leur enseignait à viser d’accorder 10 minutes tout au plus à un patient. Ayant réfléchi à ce sujet par lui-même, son entrevue initiale avec un patient dure aujourd’hui… 4 heures! « Et si vous avez pu vous rendre compte à quel point je suis une personne intense, imaginez ce que je peux apprendre sur vous en 4 heures! », ajoute-t-il.
Une étudiante en médecine, désillusionnée avec la médecine telle qu’elle se pratique aujourd’hui, pose la question suivante : « On ne peut pas tous travailler au Gesundheit Institute, alors, dans les conditions actuelles des milieux hospitaliers, que peut-on faire? On fait de la chirurgie pendant 6 heures et on nous crie des bêtises si on veut aller à la salle de bain… que peut-on faire? » Ce à quoi, le Dr. Patch Adams, fidèle à son originalité et à son sens de l’humour, rétorque « laisse aller la prochaine fois!... Ils comprendront peut-être ainsi! » Son exemple est cocasse, mais il s’en sert de tremplin pour introduire l’idée d’être créatif dans sa résolution de problèmes. Pour les étudiants en médecine observant leurs enseignants interviewer un patient, il cite à titre d’exemple de questionner l’enseignant par la suite : « Excusez-moi Docteur, mais je ne suis qu’un étudiant en première année… Pourriez-vous me dire, lors de votre intervention avec le patient, à quel moment est venue la compassion? ». Il demande ensuite à l’audience « Qui ici est désillusionné avec le système médical actuel? » La quasi-totalité des mains se lèvent.
Un autre étudiant en médecine questionne Patch Adams : « Ne trouvez-vous pas que les médecins doivent tout de même maintenir une certaine distance professionnelle? » Patch Adams l’invite alors à monter sur scène. Il lui demande ensuite de lui faire une accolade, ce que l’étudiant fait un peu timidement. Patch Adams lui pose ensuite cette question : « Dis-moi, est-ce que ‘être professionnel’ signifie dire à son client sur un ton neutre ‘alors votre enfant s’est fait écraser par une voiture hmmm hmmm?’ ou plutôt de s’approcher de la personne, de la toucher, d’être authentiquement présent et pris de compassion? ».
Eh que le monde est psy!
Patch Adams livre aussi sa philosophie sur la psychiatrie. Il affirme que le Gesundheit Institute est un endroit qui permette aux gens d’avoir des comportements étranges. Si une personne se comporte de façon bizarre, ils lui permettent cela et se mettent parfois de la partie. Il ne prescrit aucune médication à ses patients. Il trouve qu’on étiquette souvent de façon erronée les gens. Au lieu de « dépression », il faudrait parfois plutôt parler de « solitude ». Comment se fait-il, dit Patch Adams, que quelqu’un qui est toujours en « dépression » devienne soudainement très souriant si on lui remet un animal de compagnie? Se peut-il que le problème ait été mal identifié? Par ailleurs, il est normal, dans le monde où nous vivons, que certaines réalités nous dépriment. Cela dit, c’est l’approche de Patch Adams, ce qui ne signifie pas que l’utilisation de médication pour certaines conditions psychiatriques soit nécessairement néfaste, à mon humble avis. Mais selon moi, on donne souvent trop rapidement de la médication pour régler des problèmes sous-jacents. Un « plaster » plutôt que d’aller à la source du problème. Bon, voilà pour mon grain de sel.
Un mot sur l’éducation
Une mère demande à Patch Adams ce qu’il croit qu’on devrait faire avec les enfants ayant des difficultés dans les écoles. D’abord, dit-il, il faut que nous ayons des systèmes d’éducation qui soient réellement centrés sur l’éducation et non pas sur les notes. Nous devrions avoir moins de télés et d’ordinateurs et aider nos jeunes à trouver qui ils sont vraiment, quelles sont leurs valeurs. Parfois, leurs « problèmes » ne traduisent qu’un manque de sens à leur vie. L’école nous pousse à devenir de bons conformistes et de bons consommateurs. Et le conformisme est vu comme un trait positif. S’ils deviennent acteurs de changement, militants, ou s’ils font quelque chose qui donne du sens à leur vie, cela serait sans doute beaucoup plus positif.
Jeux de société
Selon Patch Adams, il est impératif que nous changions notre parcours actuel. « Si nous restons dans une société qui vise l’argent et le pouvoir à tout prix, au lieu de se diriger vers une société de compassion et de générosité, nous ne verrons pas la moitié du siècle », affirme-t-il, ajoutant qu’il n’est pas le seul à penser en ces termes. Sans diminuer la gravité des événements de la Deuxième Guerre Mondiale, il mentionne qu’à son avis, Bush est pire que Hitler.
Nous avons besoin d’une société centrée sur l’amour au lieu de vivre dans une culture qui a réussi à nous faire avaler un paquet de trucs. Il questionne : « Quand avons-nous commencé à se dire ’Je veux être riche et superficielle comme Paris Hilton’ ?».
Conclusion
D’accord ou non sur les philosophies de Patch Adams, celui-ci incite nonobstant à une réflexion sur sa pratique professionnelle, sur ses valeurs, sur ses relations, sur ses priorités de vie. Sortir des sentiers battus n’est pas toujours chose facile, mais questionner sa route en vaut le détour.








