Cansa do Fado
Comme bien des jeunes portugais made in Mtl, je ne pouvais plus entendre parler d’Amalia et cie lorsque j’étais adolescent. Je me dépêchais de baisser le volume lorsqu’une chanteuse sortait des notes stridentes et nostalgiques dans les speakers de la voiture, surtout quand il y avait des amis. À 14 ans, ça n’en prend pas gros pour être gêné.
Quelques années passent : Death metal, engueulades avec parents, alcool et autres vices ou vertus, provocations, cheveux colorés, grunge, bref une petite rebellion qui se respecte (ne vous en faites pas, ça s’est tassé). On se prend en main. Université et appart avec des colocs. Yeah! C’est l’âge des virées au milieu de la semaine, des cours en après-midi seulement, de la liberté, des découvertes et de l’épanouissement musical. Aller au-delà de la radio commerciale. Finalement, autre chose que du rock redondant, des chanteuses à voix et du adult contemporary.
Une bonne soirée comme les autres : livres d’études, cendriers qui débordent, bière (ça aide la concentration), bonne compagnie et quelques notes d’un album. C’était de la bonne musique. Du genre qui fait voyager. Tout d’un coup, je retenais les théories de la communication, les essays s’écrivaient d’eux-mêmes. Woah…
Ariane : « c’est bon hein »Nicolas : « mets-en. Ça vient d’où? »Ariane : « du Portugal. »Nicolas : « … »
Là, j’étais gêné. Une Keb, aussi blanche que la neige, me faisait découvrir à MOI, de la musique du pays de mes parents. Fuck it, de MON pays. En plus c’est bon. Ça va à l’encontre de tout ce que croyais à propos de la musique portug (fado et pimba). Et je n’ai même pas reconnu la langue dans laquelle la chanteuse parlait. Argh! Je n’ai même pas reconnu le Portugais (merde, je n’aurais jamais dû autant tricher à l’école du samedi). Envergonhado damn it!
C’était Madredeus. Aujourd’hui j’en ai tellement écouté du Madredeus que c’est rendu mainstream à mes oreilles. Je me souviens de cette soirée parce que ça m’a rendu à l’évidence : il y avait toute une culture lusophone à laquelle je n’avais pas eu accès; la culture contemporaine. Des Beastie Boys, Nirvana, Manu Chao, Air et autres, il y en a au Portugal, au Brésil et en Afrique. Depuis, je suis parti à la recherche de musique, mais aussi d’art, de cinéma, de danse, de littérature, de pop culture… pour trouver ces morceaux du Portugal qui enfin me ressemblent. Des choses que je n’ai jamais trouvées dans la communauté, trop obsédée à mon goût avec un certain passé figé qui fait plaisir aux 40-60 ans.
C’est ce je vous propose dans cette chronique, de découvrir, au fil des semaines, un peu de nouveauté. Autre chose que le fado et la pimba.
Dans deux semaines : Sam the Kid, Bullet, Melo D, o Bairro Alto et… on fait écouter du Hip Hop portugais à nos grand-mères. Yeah!








